Rien que des histoires

, par Thibault Garbez

Quelques mots en vrac sur cette vieille manie de se représenter le monde au travers d’histoires…

Est-ce que cela sert à quelque chose, de raconter des histoires ? Cela ne fait aucun doute, et pas seulement à se divertir. Pour citer des personnages de mon petit livre Bidule la notule (vous m’excuserez), les histoires "peuvent parfois nous donner un coup de main, quand faut sortir de chez soi, et pas se laisser faire", "elles n’ont peur de rien, elles se saisissent de tout ce qui est palpitant, et qui ne faisait que passer", "elles se souviennent". Ce n’est pas rien.

Un conteur doit avoir plus que des intrigues à raconter. Une histoire n’est pas qu’une suite de péripéties. C’est un objet en soi, même si chaque lecture est différente. Une bonne histoire est comme une équation. C’est une valeur sûre. On peut y revenir à loisir, elle est toujours prête à l’emploi. Elle est déjà là, déjà écrite, en suspension. Elle est terminée, elle n’a pas commencé, elle est en cours. Lire une histoire, c’est l’activer.
La forme du conte illustre parfaitement ce qu’est une bonne histoire. En peu de mots, une histoire est là, une tranche de vie, un concentré d’émotions. Des choses qui trainent dans la tête et qui demandent à s’articuler sous forme d’histoires, pour être mieux apprivoisées. On prend une revanche sur le quotidien, on recycle nos soucis, on organise nos idées disparates. C’est rassurant, même si c’est un travail sans fin.
Les meilleures histoires ont quelque chose d’intime et d’universel. C’est la force du conte.